La technologie nous rendra-t-elle immortels ?

Luc Pallavidino

CEO @Yousign

Si la question peut prêter à sourire, elle se pose de plus en plus sérieusement au fur et à mesure que les technologies se développent. Dans le fil de l’Histoire, les écrits et la fiction ont façonné la légende d’une pierre aux pouvoirs bien spéciaux : la pierre philosophale. Si les alchimistes lui ont attribué les capacités de transformer les métaux vifs en métaux précieux (or…) et de guérir les maladies, ils lui ont surtout octroyé la possibilité de prolonger la vie au-delà des limites, parlant même d’immortalité. La thématique fascine depuis des millénaires et les mythes sur le sujet sont nombreux, mais aujourd’hui la question prend une dimension tout autre. L’immortalité pourrait-elle un jour devenir réalité ?

Quelles technologies (transhumanistes) pour un accès à l’immortalité ?

L’approche du transhumanisme de Luc Ferry

L’une des principales problématiques inhérentes à l’immortalité est celle du transhumanisme. Ce dernier définit un mouvement qui promeut l’utilisation des sciences afin d’améliorer les conditions de la vie humaine. Elle englobe aussi l’augmentation des capacités physiques et mentales de l’être humain.

Si certains considèrent déjà les lunettes de vue et les appareils auditifs comme du transhumanisme, ce mouvement va beaucoup, beaucoup plus loin.

Pour sa part, Luc Ferry, auteur de La Révolution transhumaniste, fait la distinction entre transhumanisme et posthumanisme. Là où il définit le premier comme restant dans le cadre biologique et englobant la condition de « perfectibilité » humaine, le deuxième serait plutôt une hybridation de l’homme machine. Mobilisant les capacités de l’intelligence artificielle et de la robotique plutôt que la biologie, le posthumanisme consiste plutôt en des objectifs tels que la connexion de l’homme à l’intelligence artificielle ou aux réseaux du web.

Ce qui pourrait rendre l’homme immortel serait le fait d’arriver à transférer toutes les caractéristiques humaines sur un support numérique tel qu’un ordinateur.

La technologie nous rendra-t-elle immortels ?
Luc Ferry © Wikipédia

Neuralink par Elon Musk

Si l’homme est réputé pour s’épancher sur les actualités de ses entreprises, il est en une sur laquelle il préfère reste discret. Créé en 2016, Neuralink est une startup américaine qui se focalise sur la nanobiologie. Son objectif : connecter l’homme à la machine.

Celle-ci serait d’abord chargée de soigner des maladies comme l’épilepsie, et puis ensuite, elle permettrait au cerveau de se connecter à un ordinateur pour décupler les performances intellectuelles.

Elon Musk a déclaré que pour lui, l’homme était déjà un cyborg alors dans ce cas, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Une telle interface neuronale pourrait permettre à l’homme d’augmenter ses compétences cérébrales à volonté. À ce jour, Elon Musk estime qu’il faudra 5 ans pour que les premières interfaces d’un tel projet soit en service.

Google et Ray Kurzweil

Icône reconnu mondialement comme l’une des figures du mouvement transhumaniste, Ray Kurzweil a rejoint Google en 2013.

Selon lui, l’humain sera capable de se rajouter au moins un an d’espérance de vie d’ici une quinzaine d’années. Chez Google, il est chargé de travailler sur l’intelligence artificielle, le machine learning ou encore, les cerveaux numériques. Plus clairement, l’objectif de Kurzweil et de Google est de recréer le fonctionnement des cerveaux humains en se servant de machines.

Si une telle réalisation vient à se concrétiser un jour, cela signifie que Google aura le droit de vie et de mort, pouvant ainsi conserver et faire vivre un humain grâce à ses données numériques.

La technologie nous rendra-t-elle immortels
Ray Kurzweil © Huffington Post

Intelligence artificielle et Laurent Alexandre

Il est un homme qu’il était impossible de ne pas citer sur une telle thématique. Outre son métier de chirurgien, Laurent Alexandre est considéré comme un spécialiste français de l’intelligence artificielle. À ce titre, il a publié un ouvrage intitulé La Guerre des Intelligences, mettant ainsi en opposition l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle.

Les problématiques s’axent autour du fait que l’IA pourrait un jour dépasser l’être humain. Outre les sujets sociétaux que cela va impliquer, il s’interroge sur un futur au scénario transhumaniste et ses conséquences. L’homme devra-t-il fusionner avec la machine ou se conforter dans sa position biologique ?

Quand le divertissement mêlent technologie et immortalité

Quand Black Mirror met en scène l’immortalité

Dans l’épisode de la saison 3 San Junipero, Black Mirror prend le contrepied sur les dystopies habituellement mises en scène. Pour une fois dans la série, la technologie a des conséquences positives sur la vie des deux femmes, protagonistes principales de l’épisode. Entre voyage à travers les époques et musique old school, l’épisode questionne sur la vie éternelle à deux.

Chef d’oeuvre lumineux et rétro, San Junipero se veut dense tout en nous prenant la main pour nous faire nous interroger sur une forme de vie après une mort du corps. Là où les autres épisodes de la série se veulent plus noir, celui-ci offre une nouvelle opportunité, celle de transférer sa conscience avant la mort afin que celle-ci perdure dans les décennies.

Transcendance, de Wally Pfister

Le Docteur Will Caster (joué par Johnny Deep) souhaite créer un ordinateur capable de transcendance, c’est-à dire capable d’être exploité pour repousser les limites de l’homme et de la machine. Alors qu’il meurt assassiné par un groupe extrémiste, sa femme et le groupe de scientifiques décident de transférer sa conscience pour le faire vivre de nouveau.

Que l’on apprécie le film ou non, il amène des réflexions portant sur le fait de repousser les limites humaines, l’abandon des libertés pour la protection de l’espèce humaine ou encore la place de la technologie.

La technologie nous rendra immortels

Eugénisme et rêve d’immortalité dans Bienvenue à Gattaca

En 1997, le réalisateur Andrew Niccol présente son nouveau film Bienvenue à Gattaca. Pour résumer rapidement le film, il met en scène une société de castes dans laquelle la sous-classe est née naturellement alors que la classe dominante est née génétiquement modifiée. Le personnage principal souhaite devenir astronaute, sauf que le métier est destiné aux individus de la classe dominante, ceux dont la santé est parfaite.

Au-delà de l’intrigue du film le sujet intrigue car il représente une société aux choix particulièrement eugénistes. Si l’être humain est fait d’une grande part de hasard, celle-ci pourrait disparaître au profit du choix avec une pratique telle que le transhumanisme. Là où l’immortalité fascine, elle inquiète tout autant car au-delà de l’eugénisme, elle pourrait aussi faire naître de nouvelles inégalités. Quand bien même l’homme pourrait goûter à la vie immortelle, combien cela lui coûterait ?

Dans certains pays, le système de santé ne permet pas à toute la population d’avoir accès à des soins pour des raisons financières. Alors, qu’en sera-t-il des innovations transhumanistes et de l’immortalité ?

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Si il est certain que des technologies aussi importantes que l’intelligence artificielle doivent être régulées si elles doivent un jour permettre à l’homme de devenir immortel. Bien que l’homme ait encore le temps avant de devenir immortel, il est nécessaire d’encadrer ces approches pour ne pas avoir à en subir les dérives plus tard.

Car après tout, Laurent Alexandre explique que si l’homme arrive un jour à devenir immortel, il essayera alors de rendre l’univers immortel lui aussi. Puisque si l’univers doit se terminer un jour, cela voudrait dire que l’homme ne peut pas être infiniment immortel. Selon lui, des scientifiques travaillent déjà à « l’immortalité de l’Univers », soit le fait de rendre l’homme assez puissant pour qu’il puisse sauver l’univers de sa mort et vivre sa vie éternelle.

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